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Comment redonner une place forte aux enseignements artistiques ? Pour quelle Culture et quels objectifs ?
Par Dominique Thouroude En collaboration avec Anne Vinson
Voilà les questions que nous sommes en devoir de nous poser, que l’on soit ou non en accord avec les objectifs fixés par les directives ministérielles (restructuration et dénomination des CNR et ENMD et enseignement visant à une meilleure diffusion vers l’Education Nationale) et avons-nous suffisamment de recul pour en percevoir les effets positifs ?
Pouvons-nous, ensemble, avant même d’avoir l’embryon d’une réponse aux questions ci-dessus, essayer d’être plus explicites dans notre propos, en portant un regard sur la réalité actuelle du terrain ?
A partir de l’enseignement de la Danse Classique, nous nous appuierons sur notre expérience en la matière pour construire notre raisonnement, bien que la Danse ne soit pas au centre des préoccupations de nos administrateurs… Au cours de nos nombreuses années d’enseignement et en qualité d’anciens danseurs professionnels, nous avons traversé différents courants, différentes écoles. Au sein de structures publiques, les changements de Ministre, de Direction locale nous ont permis d’évaluer que l’enseignement est toujours en constante recherche, ce qui a nourri d’autant nos réflexions.
Evidemment, les directives « ministérielles » sont déterminantes puisque nous dépendons financièrement de leurs choix. Sauf que, lorsque la technocratie se mêle de pédagogie, nous pouvons être bridés dans nos objectifs, s’ils ne correspondent pas aux buts du moment. Lorsque nous lisons dans une note préparatoire de réunion de professeurs : « Il est difficile de cerner concrètement « ce qu’il faut apprendre aux élèves » et « à quel moment », tant le domaine est vaste, même si chaque enseignant en a une idée assez précise, le plus souvent construite sur ses propres souvenirs d’ancien élève », nous nous devons de réagir : nous expliquons à certains élèves qui viennent nous voir de ne pas se servir d’automatismes comme nous avons dû nous-mêmes nous en libérer pour enseigner car enfin, l’automatisme tue la création et l’enseignement doit valoriser un travail du réflexe et de la liberté d’expression de l’élève tout en conservant une identité forte de l’esthétique de la technique (classique, contemporain, jazz…). Nous allons même plus loin : la véritable autonomie de l’enfant n’est pas de restituer ses acquis, mais de restituer ce qu’il en a ressenti. Voilà la mission du pédagogue et cela se fait à des moments précis, cela demande une écoute attentive de l’évolution personnelle de l’élève.
Avant d’établir des « référentiels de compétences » de l’élève, ne serait-il pas utile d’envisager un « référentiel de compétences » du formateur ?… Dans le domaine artistique, il est très difficile de se référer à un document pour mettre en œuvre des objectifs, des contenus, une progression et une évaluation des acquis. Administrativement, c’est concevable pour avoir une vue globale de l’élève, mais on ne saura pas quantifier sa valeur artistique…
Qu’est-ce qui a changé depuis les années 20 ?
Extrait de « La danse au XXème siècle » - Isabelle Ginot, Marcelle Michelle – Larousse :
« (…)André Levinson se fait, dans les années 20, le chantre d’une tradition classique forte de plusieurs siècles d’histoire, produisant des interprètes entraînés dès l’enfance, à propos desquels il parle de « machines à fabriquer la beauté ». Fernand Divoire, au contraire, est sensible au retour du naturel dans la danse et se montre un fervent admirateur d’Isadora Duncan, dont l’inspiration, toute intuitive, rend au corps son volume, son poids, sa densité. »
Depuis 1981, il y a eu une volonté – louable - de développement chorégraphique, en subventionnant (sur 5 ans) la création et en encourageant de jeunes compagnies (danse contemporaine, de préférence)… L’idée est généreuse, certes, mais sur le long terme, combien ont profité du système ?… Combien existent encore, en ayant développé une démarche de recherche de qualité artistique et une vraie volonté d’aller à la rencontre d’un public le plus large possible ? Car de toute évidence, on ne remplit pas toujours les salles. Certains Centres Chorégraphiques Nationaux et Scènes Nationales en ont profité au détriment de structures culturelles existantes (tout récemment, la fermeture définitive de l’Opéra de Nice) auxquels s’ajoutent, outre les difficultés de création artistique, les coûts financiers et l’intermittence du spectacle.
Dans les faits, les jeunes danseurs que nous formons portent en eux les stygmates de ces années dispendieuses ! Peut-on, décemment, donner à croire à de jeunes artistes que ce qu’ils font n’est pas un métier, ne méritant pas salaire, après avoir passé, pour certains d’entre eux, des années de travail acharné en Conservatoire, Ecoles Nationales… Un tel « sacrifice » ne peut supporter ce mensonge culturel ! En France, pourquoi s’être orienté vers une seule forme d’expression artistique en essayant de laisser entrevoir que c’est le monde chorégraphique de demain ?
Comment faut-il entendre notre enseignement ?
Un bon déroulement de cursus permettait (même si une vigilance de chaque instant est nécessaire) et permet toujours, pour peu qu’on le veuille, d’avoir un enseignement de grande qualité. Et nous y voilà : volonté, qualité, exigence… Notre inquiétude se nourrit de cette perte de repères qui nous pousse à nous interroger sur ce que devient notre pédagogie !
Nous sommes donc Professeurs de Danse Classique, en soulignant le mot classique car c’est l’outil fondamental qui nous permet de donner une richesse d’expression à notre art et de le faire évoluer vers une profonde liberté artistique : tout comme le bâtisseur, le sculpteur, le peintre, le musicien qui s’appuient sur des fondamentaux qui leur sont transmis par leurs Maîtres. Nous pensons faire l’unanimité et les faits le confirment : lorsque l’on donne les moyens au danseur d’approfondir dans son corps toutes ses compétences, toutes ses qualités, plus il est riche d’acquis, plus il est libre. Nous pourrions donner l’exemple de certains de nos élèves qui ont intégré de grandes compagnies choisis pour leur polyvalence en sachant qu’ils avaient de sérieux acquis en danse classique.Preljočaj, Kilian, Forsythe… savent aller chercher leur « matériau » artistique dans les plus grandes compagnies, eux-mêmes formés par une transmission fine et forte de la danse classique.
Ecoutons Mary Wigman « L’exigence du danseur vis à vis de son corps comme instrument relie sa plus grande dévotion et l’effort physique à la discipline la plus haute possible ». Ne cessons pas d’évoluer en ne reniant pas l’héritage de qualité de nos grands pédagogues.
En effet, l’évolution inquiétante de nos enseignements, en fixant des critères sans cesse renouvelés, nous permet de voir, d’ors et déjà, quel apprentissage va voir le jour. Le rapprochement de nos établissements culturels (Conservatoires…) et l’Education Nationale est de très bon augure : le dernier creuset d’une culture générale de qualité est le collège et cela nous permet de combler le déficit d’éducation constaté et reconnu par tous !
Or il est demandé de répondre à un choix ministériel honorable dans ses objectifs : toucher le plus grand nombre et surtout en milieu scolaire. Dans certains endroits, sous l’appellation « Danse-Etude », il s’avère que les personnels référents ne sont plus des professeurs de danse (DE ou CA), pouvant transmettre un art, mais des professeurs d’EPS ayant pratiqué un module danse à orientation contemporain dans leurs études à l’IUFM.
Sans remettre en question les compétences pédagogiques dans leur domaine, les professeurs d’EPS deviennent professeurs de Danse sans, pour autant, être titulaire du Diplôme d’Etat ou du Certificat d’Aptitude, exigés dans les Conservatoires et Ecoles de Danse. Même si son statut lui en donne l’autorisation, la question reste posée : peut-on, en sportif, avec un état d’esprit sportif, s’inscrire dans une démarche d’enseignement artistique qui exige, techniquement, une toute autre forme de pensée ? Une variation classique ou contemporaine ou jazz, présentée à une audition ou à un concours, ce n’est pas une suite de mouvements consécutifs…
On confond un enseignement culturel, dont la vocation est de trouver un public, avec un enseignement artistique. C’est l’option Histoire des Arts (peinture, architecture, danse, musique, cinéma…) qui devrait être développée et rendue obligatoire, plutôt que de gonfler des effectifs des classes musique et danse, ce qui nous inquiète sur le devenir des futurs CEPI (que le Ministère a mis en place) : quelle génération de danseurs va émerger ? Aurons-nous les moyens financiers de remettre en place les heures que l’on a supprimées ?
Pourquoi ?
Pourquoi, lorsque l’Education Nationale instaure des pôles de découverte artistique, une seule discipline y est représentée : le contemporain parce que c’est plus facile ? Pourquoi, dans les ateliers chorégraphiques de l’UNSS, il n’est proposé aux élèves de ne pratiquer que le contemporain ? Pourquoi, à l’épreuve danse du baccalauréat, il est suggéré aux candidats de présenter une variation en contemporain ? Pourquoi pas une variation classique ou jazz si cela correspond à la formation et au désir de l’élève [ces enfants étant obligé de suivre des consignes techniques (exclusivement contemporaines) de l’épreuve et ceux qui s’en écartent ne peuvent qu’en voir leur note rabaissée] ? Autrement dit, la valeur du travail d’une discipline « hors consignes », n’est pas estimée à sa valeur… En effet, les jurys ne sont, en général, constitués que de professeurs d’EPS et dans certains cas de professeurs de danse contemporaine.
Pour étayer notre propos, nous souhaiterions évoquer un exemple vécu : ayant participé, avec beaucoup de plaisir, à des rencontres UNSS, à la demande de la coordinatrice d’un conservatoire, l’une d’entre nous restituait, avec le groupe de grandes élèves, un travail d’atelier chorégraphique assuré dans les cours de danse classique. A l’émerveillement, suivi de félicitations chaleureuses, des représentants des délégations départementale, régionale et nationale de l’UNSS, nous n’avons retenu, en substance, qu’une seule phrase de la représentante nationale : « Nos élèves feraient bien de voir à quel point le travail, enrichi de sa technique (en l’occurrence classique, NDLR), apporte une telle qualité de mouvement et donne tout son sens à un travail chorégraphique ...» et remerciant d’avoir passé un très bon moment.
Pourquoi, à l’évidence, tenons-nous, dès les plus petites classes, à faire découvrir aux enfants une seule discipline ? Car enfin, il n’y aurait donc qu’une forme de danse ? Où se trouve la liberté d’expression ? Est-ce, comme le dit le Professeur P. MEIRIEU (éminent pédagogue) « (...) accepter- de priver délibérément, ne serait-ce qu’un seul individu de la possibilité d’accéder aux formes les plus élevées du langage technique et artistique, à l’émotion poétique, à l’intelligence des modèles scientifiques, aux enjeux de notre histoire et aux grands systèmes philosophiques, c’est exclure du cercle de l’humanité, c’est s’exclure soi-même de ce cercle. » (Le choix d’éduquer, Paris, ESF, 1991, pp 25-26 & 29-30).
Faut-il d’abord passer par une éducation « innovante » pour un apprentissage ? L’un d’entre nous, éducateur de surcroît, nous rappele ce vieil adage : « Toute société qui tourne le dos à son histoire s’efface dans l’oubli »…
Comment pouvons-nous leur transmettre le goût de l’effort, tant il est vrai que notre art demande travail, régularité et détermination ?
Que devons-nous dire aux jeunes danseurs dont nous sommes Tuteurs de D.E. : que c’est le chômage qui les attend alors que, légitimement, ils seraient les mieux placés pour être les porte-parole de la Danse dans les établissements scolaires ?
Nous devons dire cela car nous en faisons le douloureux constat régulièrement. Il y a une volonté politique honorable d’instaurer une parité d’étude entre classique et contemporain, de former un public, de bons amateurs. Tout cela est plein de bonnes intentions et nous fait miroiter de beaux devenirs artistiques chez nos élèves ! Mais…
Il est vrai qu’un bon amateur suffit amplement à notre orgueil de formateurs : il fera un public averti, il fera de la danse, mais à quel niveau ! Nous savons tous que trop de mélange d’enseignements nuit à l’enfant-touche-à-tout, car il ne fait qu’effleurer un travail technique qui ne peut qu’engendrer des effets discutables.
Nous savons voir, parmi nos élèves, ceux qui peuvent et espèrent devenir professionnels. Mais nous respectons tout autant nos élèves amateurs en leur transmettant le meilleur des fondamentaux : la danse classique, comme pour la lecture, ne peut se suffire d’une méthode globale… En toute conscience, c’est à nous, professeurs de danse, d’aider au choix technique (classique, contemporain, jazz…) dans lequel l’élève se révèlera le mieux, et il faut une grande générosité pour se soustraire de nos propres désirs.
Par le biais de la danse contemporaine, on essaie de compenser ce que les professeurs de danse classique n’ont pas toujours su faire : autonomie de l’enfant, réflexes, évoqués en début de propos. Ceci est valable pour les classes d’éveil mais, toujours comme pour la lecture, il faut l’apprentissage du vocabulaire de la Danse et il est nécessaire de transmettre des repères de qualité. C’est donc dans la transmission du savoir qu’il faut se poser la question.
Enfin, on entend parler de spécificités pour les Conservatoires (régionaux et départementaux) à Rayonnement Artistique au sein même d’une région. Qu’est-ce que cela veut dire ?
Cela voudrait-il dire : tel département privilégiera telle ou telle technique ? Le public que l’on cherche à élargir le plus possible suivra-t-il ? N’est-pas aussi imposer une spécificité à ce public ? Cela risque fort, à l’évidence, de vider nos conservatoires et tant mieux pour les écoles privées qui dispensent les mêmes enseignements dans une totale liberté.
Membres d’une association naissante d’aide aux jeunes artistes, autonome et telle une « ONG culturelle », nous sommes sollicités par eux pour trouver les moyens pédagogiques de qualité et d’orientation pour préparer aux concours et aux auditions dans les compagnies les plus prestigieuses.
En continuant, comme tous ces monuments qui font la richesse de notre Pays, de transmettre l'histoire et la technique de la danse française, osons parler de « fondation » et non de « formatage » car c’est en s’appuyant sur des « fondations » qu’on gagne, tels des bâtisseurs, en valeur et en solidité. C’est dans cet esprit que nous avons souhaité témoigner notre inquiétude qui n’est pas sans analogie avec l’analyse que portent les étrangers sur le rayonnement de notre Culture (cf. : dossier du Times Magazine – décembre 07)

Dominique Thouroude Professeur Certifié de Danse Classique Directice artistique d'Enfance de l'Art En prévision d'une
Soirée de Ballets
en partenariat avec le
Lions Club Castres-Mazamet
Enfance de l'Art propose d'ouvrir une scène aux jeunes danseurs et chorégraphes professionnels.
Toute personne intéressée pour participer à cette manifestion (courant novembre 2009) peuvent envoyer leur projet de création à
Enfance de l'Art
Maison des Associations
1, Place du 1er Mai
81100 Castres
06.88.49.28.28
Réponse souhaitée avant le 31 mai 2009 Consulter le site " www.nianow.fr" pour découvrir cette nouvelle pratique.
Isabelle Roch désire la faire connaitre à Montauban (82) et organise un
Stage de NIA
Salle des Fêtes du FAU
le dimanche 8 mars
de 11H à 12H30
L’enfance de l’art
Notre association a pour but de soutenir le parcours pédagogique de jeunes danseurs et artistes, avec l’appui de professionnels de la danse et de diverses activités chorégraphiques. Elle se doit également de s’ouvrir à un public le plus large possible (jeunes en difficultés), pour une meilleure insertion dans la vie. : http://enfancedelart.spaces.live.com
Les 4 & 5 avril 2009
Studio Bonnet-Pallotelli
25 bis, rue de la Berchère
81000 Albi
Tél. : 05.63.47.93.36
Stage de Danse Classique
Jacques Marsa de l’Opéra de Paris
Maître de Ballet et Soliste de l’Opéra du Rhin "Les ingrédients du talent ? 1% de disposition 1% d'inspiration 98% de transpiration"
René Goscinny
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